Le bilan carbone d'un hôtel est devenu un indicateur central de sa stratégie RSE et un critère de plus en plus scruté par les investisseurs, les voyageurs d'affaires et les distributeurs. Calculer son empreinte CO₂ n'est pas seulement une obligation morale : c'est un outil de pilotage qui permet de cibler les investissements là où leur impact climatique et économique est le plus fort.
La méthode internationale de référence pour mesurer les émissions de gaz à effet de serre (GES) est le GHG Protocol, adoptée par l'ADEME dans sa méthode Bilan Carbone®. Elle distingue trois périmètres (ou "scopes") selon la maîtrise de l'émetteur sur la source :
Il s'agit des émissions issues de la combustion de carburants dans des installations contrôlées par l'hôtel. Pour un établissement hôtelier, cela inclut :
Ce périmètre couvre les émissions générées par la production de l'électricité et de la chaleur achetées par l'hôtel. En France, le facteur d'émission de l'électricité du réseau est de :
Ce chiffre est l'un des plus bas d'Europe, grâce à la forte part du nucléaire dans le mix électrique français. À titre de comparaison, le facteur d'émission moyen européen est d'environ 0,25 à 0,40 kg CO₂/kWh selon le pays. Cela signifie que les efforts d'efficacité énergétique ont un impact carbone relatif plus faible en France qu'en Allemagne ou en Pologne — mais restent importants pour la réduction des coûts et la conformité au Décret Tertiaire.
Le scope 3 représente souvent la part la plus importante des émissions d'un hôtel. Il inclut :
Pour la communication RSE et les reportings clients corporate, le scope 3 lié aux déplacements des clients est souvent le plus demandé.
Pour un hôtel, l'indicateur le plus opérationnel est l'empreinte carbone par nuitée vendue, en kg CO₂eq. Voici comment calculer la composante électricité (scope 2) :
En appliquant cette formule aux médianes du benchmark CHSB 2024, on obtient les ordres de grandeur suivants pour les hôtels de ville :
| Catégorie | Conso médiane (kWh/nuit) | CO₂ électricité (kg CO₂/nuit) |
|---|---|---|
| 1 étoile ville | 28 | 1,6 |
| 2 étoiles ville | 34 | 2,0 |
| 3 étoiles ville | 48 | 2,8 |
| 4 étoiles ville | 68 | 3,9 |
| 5 étoiles ville | 87 | 5,0 |
Calcul Hotelium basé sur les données CHSB 2024 et le facteur d'émission ADEME Base Carbone v23.9 (0,058 kg CO₂/kWh).
À ces chiffres, il faut ajouter les émissions liées au gaz et au fioul (scope 1), qui peuvent dans certains cas dépasser les émissions électriques, notamment dans les hôtels utilisant des chaudières gaz pour le chauffage et l'ECS.
Les leviers de réduction agissent principalement sur les scopes 1 et 2, pour lesquels l'hôtelier dispose d'une maîtrise directe.
Le secteur du tourisme et de l'hébergement est engagé dans une trajectoire de décarbonation alignée avec les Accords de Paris. L'International Tourism Partnership (ITP) fixe des objectifs de réduction des émissions par chambre-nuit de l'ordre de 66 % d'ici 2030 par rapport à 2010, et de 90 % d'ici 2050.
En France, le Décret Tertiaire impose une trajectoire d'efficacité énergétique (−40 % en 2030 vs année de référence) qui constitue le principal levier réglementaire pour réduire les émissions des scope 1 et 2. Consultez notre guide complet sur le Décret Tertiaire en hôtellerie.
Pour les groupes hôteliers soumis à la CSRD, ces objectifs devront être intégrés dans un plan de transition climatique publié dans le rapport de durabilité, avec des jalons intermédiaires annuels.
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